gnpp3.jpg gnpp2.jpg gnpp5.jpg gnpp1.jpg gnpp4.jpg

Avec Christophe Mariot, les choses sont claires, pas de trajectoire compliquée. Quand il était enfant, il voulait être photographe et il n’a jamais cessé de l’être, que ce soit en tant qu’amateur ou en tant que professionnel. A la fin des années 80, il se forme au Lycée d’Orthez, un établissement très réputé à l’époque. Son diplôme en poche, il revient dans ses Charentes natales et va exercer chez différents confrères de la région, décrochant au passage un contrat de qualification de la chambre des Métiers. En 98 c’est l’installation à Ruelle, là où il se trouve toujours aujourd’hui. Il y reprend le studio d’un confrère, un généraliste. Mais le négoce n’intéresse guère Christophe Mariot qui, avant tout, veut faire de la prise de vue et particulièrement dans le domaine de la photographie sociale :«J’ai toujours eu besoin, dit-il, de rencontrer des gens, d’avoir des contacts, d’entretenir des relations privilégiées avec eux.»

En 2000, Christophe et Karine, son épouse, qui joue un grand rôle dans l’affaire, décident de tout casser et de reconstruire un studio de portraitiste « à leur image ». Aujourd’hui, le style de Christophe Mariot s’est affirmé et ses activités de prise de vue se sont développées. Après le portrait classique et le mariage, sont venus les books de comédiens et de mannequins, la mode et, désormais, l’industrie et la publicité.

«Nous avons progressé grâce au relationnel. On fait un mariage et après on nous demande un travail pour une agence de com. Une agence de mannequins locale, Apparences, pour laquelle nous avons réalisé des books nous a servi de tremplin pour la mode. Une activité qui me plaît parce que, là aussi, il y a un contact avec les gens, cela m’a permis d’évoluer dans la photo de mariage.
Notre activité de photo industrielle s’étant développée nous avons pris la décision d’embaucher un spécialiste et de transformer une nouvelle fois notre studio pour y créer un nouvel espace de prise de vue.
Nous travaillons désormais avec trois agences, particulièrement pour les entreprises de Cognac, qui sont de grosses demandeuses d’images. Notre travail ne se limite pas d’ailleurs à cet alcool français traditionnel puisqu’on nous confie des bouteilles de vodka ; récemment nous avons même fait un calendrier pour du cognac russe!»

En matière de portrait, Christophe Mariot se veut résolument moderne, il réalise des images contemporaines en phase avec la société actuelle. «Les gens achètent des magazines, ils voient des photos sympas qui leur plaisent. Pourquoi n’obtiendraient-ils pas la même chose chez le photographe? A partir de là, il faut faire en sorte de réaliser des photos qui leur correspondent. Je m’efforce de me tenir au courant des tendances du moment en achetant régulièrement des magazines comme Citizen K, Vogue, Mariages, qui sont des sources d’inspiration importantes.»

Ce qui précède vaut aussi pour les photos de mariés que Christophe Mariot réalise toujours la semaine pour obtenir en toute tranquillité les plus belles images dans les lieux les plus divers. Il n’hésite pas à faire beaucoup de kilomètres si les mariés le souhaitent ; dernièrement il s’est même rendu en Angleterre.
Les reportages traditionnels le jour du mariage se font par contre plus rares, le numérique jouant là un rôle destructeur, ce qui ne gêne pas outre mesure Christophe Mariot qui préfère faire étalage de créativité avec les couples et réaliser au passage de beaux chiffres d’affaires.
Si de plus en plus de clients de toute la région s’adressent spontanément à lui, il est aussi aidé par un réseau de commerçants amis à Angoulême, fleuristes, stylistes… chez qui sont présentés ses albums.

«Peu importe le matériel, ce qui compte c'est la façon de regarder dans le viseur.»

Depuis un certain temps déjà, Christophe Mariot travaille en numérique, de la prise de vue à l’impression. Il n’est pas pour autant un « fana » des logiciels qui permettent de modifier les images à l’infini : « Je travaille peu mes images, je fais quelques corrections c’est tout, ce qu’on appelait autrefois de la repique. Je n’ai jamais été un laborantin en argentique, je ne le suis pas non plus en numérique. Je suis photographe avant tout, la retouche c’est un autre métier. Mon métier c’est de regarder dans le viseur et de bien regarder, ce n’est pas de «bidouiller» des images. Il ne faut pas arriver à se dire : il y a une poubelle là, ce n’est pas grave, je l’enlèverai dans Photoshop ; non, il faut l’enlever avant ou choisir un autre cadrage !»
Le talent de Christophe Mariot vient d’être reconnu par la délivrance d’un QEP l’hiver dernier. Contre toute attente, ce n’est ni en portrait, ni en mariage, ni en mode ou en publicité qu’il l’a obtenu mais dans la catégorie illustration. A la rigueur le Charentais aurait pu choisir la catégorie portrait puisqu’il s’agissait d’un travail sur la personne, mais les visages étaient souvent absents.

Lorsqu’il a décidé de réaliser ces images Christophe Mariot ne songeait pas à les présenter un jour à un jury de la Fédération européenne mais à réaliser avec elles une exposition : «Ma femme m’a dit: ce serait bien qu’on fasse une expo. Comme thème pourquoi ne pas choisir des personnes tatouées, on fera ça en octobre un mois où l’activité se raréfie. En fait, au lieu de durer quelques semaines, les prises de vue se sont étalées sur sept mois, le bouche à oreille ayant fait son oeuvre. Les images sélectionnées, trente au total, ont été présentées dans un restaurant très fréquenté d’Angoulême durant un mois et demi. Ce fut un grand succès. Nous avons eu des articles dans la presse et les retombées commerciales ont été fortes, nous avons réalisé à la suite une quarantaine de portraits.»

C’est Pierre Delaunay le voisin et ami qui couronnera l’ouvrage en incitant Christophe Mariot a présenter les images au jury des QEP à Bruxelles. L’homme de Ruffec avait vu juste puisque celles-ci ont été acceptées à l’unanimité.
Que de chemin parcouru ainsi pour Christophe et Karine Mariot depuis leur installation il y a huit ans. Sans doute n’imaginaient-ils pas qu’ils allaient se faire un nom aussi vite et réussir avec bonheur dans toutes les disciplines de la photographie professionnelle. Une belle réussite.

Bernard Batais GNPP N°18 AOÛT/SEPT 2006